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L’Ambassadeur Eugene Young fait le point des relations entre les Etats-Unis et la République du Congo
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août 21, 2023

Ambassador Eugene Young

Jeudi 3 Août 2023 – 16:48

Dans une interview exclusive aux Dépêches de Brazzaville, l’Ambassadeur Eugene Young, fait le point des relations entre les Etats-Unis et la République du Congo et a évoqué les actions menées par les Etats-Unis en appui aux initiatives du gouvernement dans divers domaines dont ceux de la préservation de l’environnement, de la biodiversité et de la lutte contre les catastrophes naturelles.

 

Les Dépêches de Brazzaville : Monsieur l’ambassadeur, vous êtes à plus d’un an de votre mandat. Quelle appréciation avez-vous des relations entre la République du Congo et votre pays ?

Eugene S. Young : Partenariat, croissance et engagement continu, voilà comment je caractériserais les relations entre nos deux pays. Au cours des seize derniers mois, nous avons eu de nombreux échanges de haut niveau entre les représentants des gouvernements américain et congolais sur des questions d’intérêt mutuel, notamment la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, la sécurité régionale et l’autonomisation des jeunes.

Les États-Unis sont le plus grand donateur pour la protection et la conservation de l’environnement dans le bassin du Congo, ayant fourni 760 millions de dollars au cours des 30 dernières années par l’intermédiaire de plusieurs agences gouvernementales américaines, y compris l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Nous avons lancé trois nouveaux programmes dans ce secteur au cours de l’année dernière, d’une valeur d’environ 23 millions de dollars pour cinq ans. Les États-Unis participent à la création et au développement du parc national de Nouabale-Ndoki depuis plus de 25 ans.

Nos programmes augmentent les capacités et les opportunités pour les travailleurs locaux, contribuent à l’économie locale, protègent les animaux en danger et aident à conserver les précieuses ressources naturelles du Congo. Tous ces programmes ont une approche de la conservation centrée sur les personnes, ce qui signifie qu’ils contribuent également à améliorer les moyens de subsistance des personnes, des communautés rurales et des populations autochtones.

Dans le parc national de Nouabalé-Ndoki, par exemple, où le gouvernement américain a investi plus de 105 millions de dollars à ce jour., environ 90 % des ménages qui y travaillent reçoivent des revenus du partenaire de mise en œuvre financés par le gouvernement américain, la Wildlife conservation society.

Le président de la République du Congo considère la protection de l’environnement comme une priorité essentielle pour l’avenir du pays et de la planète, et nous continuons à soutenir le gouvernement dans la préservation de cet écosystème essentiel qui joue un rôle clé pour le monde dans la lutte contre le changement climatique.

LDB : En prenant vos fonctions en tant qu’ambassadeur des Etats-Unis vous vous êtes fixé des objectifs sur les actions à mener durant votre mandat. Pouvez-vous nous parler des priorités de votre gouvernement pour le Congo ?

E.S.Y : Nos objectifs sont alignés sur ceux partagés entre les Etats-Unis et le Congo. En plus de travailler ensemble sur le changement climatique et la sécurité régionale, nous nous concentrons sur plusieurs autres domaines, y compris l’aide humanitaire, le renforcement des capacités et le développement de la jeunesse. Nous sommes prêts à soutenir le gouvernement et le peuple congolais en cas de catastrophe naturelle et nous nous efforçons d’accroître les capacités nationales par des possibilités d’éducation, de formation et de partage des connaissances dans tous nos secteurs prioritaires. Cela inclut le soutien à l’apprentissage de l’anglais, afin d’améliorer la quantité et la qualité des pratiquants de cette langue mondiale essentielle. Votre pays se montre très actif dans le domaine de l’assistance humanitaire, notamment à l’égard des populations touchées par les inondations dans la partie nord du Congo.

LDB : Quelle évaluation faites-vous de ces interventions ?

E.S.Y : Le gouvernement américain a donné plus de 15 millions de dollars pour soutenir les efforts humanitaires en République du Congo au cours des trois dernières années. Les États-Unis ont fourni environ 5,7 millions de dollars de financement en 2022 au Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations uunies, en réponse à de graves inondations, leur permettant de mener à bien des programmes d’assistance alimentaire critiques en République du Congo.

En 2022, grâce au soutien du gouvernement américain, le PAM a aidé plus de 12 000 réfugiés de la République centrafricaine (RCA) dans la Likouala et des demandeurs d’asile de la RDC dans les Plateaux. Ils ont atteint plus de 10 600 personnes touchées par les inondations dans les régions de la Cuvette, de la Likouala, des Plateaux et de la Sangha grâce à une assistance en espèces qui leur permet de répondre à leurs besoins alimentaires de base. Nos organisations partenaires catholic relief services et Caritas Congo ont aidé plus de 15 700 personnes touchées par les inondations entre octobre et décembre 2022. En outre, un financement d’urgence s’élevant à 480 000 dollars pour cette année permet de venir en aide à plus de 6 000 personnes lourdement touchées par les inondations dans la région des Plateaux. Les États-Unis restent le plus grand donateur d’aide bilatérale et multilatérale à la République du Congo.

LDB : Hormis le volet humanitaire, dans quels secteurs le gouvernement américain compte-t-il soutenir le Congo dans sa marche vers la diversification de l’économie, le développement durable et la lutte contre la pauvreté ?

E.S.Y : Une grande partie de l’aide multilatérale (dans les secteurs de l’éducation, des finances publiques, de la santé et de l’agriculture) fournie au Congo pour soutenir son développement économique est financée par le gouvernement américain. Alors que le gouvernement et les milieux d’affaires congolais cherchent à améliorer le climat des affaires, les États-Unis et son secteur privé sont également intéressés à soutenir et à encourager tous les progrès qui peuvent être réalisés. Les États-Unis sont le premier investisseur  dans la Banque mondiale, le FMI, les banques régionales de développement et les agences des Nations unies. Dans le même temps, les particuliers américains sont les plus généreux fournisseurs d’aide au monde. Le président Biden et la vice-présidente Harris ont réaffirmé le leadership des États-Unis dans le soutien au développement pacifique et ouvert de l’Afrique et du monde.

LDB : On sent, ces derniers temps, une offensive américaine en Afrique. Peut-on parler d’un éveil par les enjeux que représentent la gouvernance mondiale et le multilatéralisme prôné par les pays du BRICS ?

E.S.Y : Les relations entre les États-Unis et l’Afrique n’ont jamais été aussi fortes qu’aujourd’hui. Le président Biden, le vice-président Harris et le secrétaire d’État Blinken ont fait de la relation avec l’Afrique une priorité qui va au-delà du soutien traditionnel et de longue date au développement économique. Le président Biden cherche à atteindre un nouveau niveau de partenariat avec l’Afrique en annonçant le soutien des États-Unis à l’adhésion de l’Union africaine au G20 et à l’obtention d’un siège permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Le récent sommet des dirigeants américano-africains a été l’occasion pour nos dirigeants de redéfinir des intérêts partagés et de trouver des défis communs à relever. Comme l’a dit le secrétaire d’État Blinken : « Les nations africaines et les États-Unis ont encore beaucoup à faire ensemble dans de nombreux domaines, dont certains que nous n’avons peut-être même pas encore découverts.

En tant que partenaires, c’est à nous de tracer cet horizon ». Nos défis sont nombreux, mais nous les relèverons ensemble. À titre d’exemple, de nombreuses nations africaines sont confrontées à des problèmes de sécurité alimentaire en raison de la crise climatique et d’autres facteurs. Nous pouvons voir ici au Congo que les effets négatifs du réchauffement climatique affectent déjà le continent d’une manière sans précédent. Non seulement il y a de graves pénuries alimentaires, mais les changements climatiques ont entraîné une augmentation des inondations dévastatrices au cours des dernières années.

Cette année, les États-Unis ont fourni 6,6 milliards de dollars d’aide humanitaire et alimentaire aux pays africains. Feed the Future, qui œuvre au développement de l’agriculture, investira 11 milliards de dollars sur cinq ans dans 20 pays, dont 16 pays d’Afrique.

Certains de vos lecteurs connaissent peut-être le programme de cantines scolaires financé par les États-Unis, mis en œuvre par le PAM et soutenu par d’autres partenaires comme le Japon. Ce programme a reçu 93 millions de dollars depuis sa création et nourrit quotidiennement 650 000 enfants nécessiteux dans 354 écoles à travers le pays. Le monde se remet encore des effets de la pandémie de Covid-19, qui a gravement perturbé le tissu conjonctif des relations économiques internationales. Mon pays et ses partenaires internationaux ont jusqu’à présent fourni près de 174 millions de doses de vaccin Covid-19 à 44 pays d’Afrique, dont près de 1 300 000 ont été acheminées des États-Unis jusqu’ici au Congo. Les partenariats entre les États-Unis et les pays africains permettent de mettre en place des systèmes de santé et de former des professionnels de la santé afin de mieux résister aux crises futures et de soutenir le développement durable. La coopération en matière de sécurité est également un point fort, en particulier dans le golfe de Guinée et dans l’Atlantique, un océan que nos deux pays partagent.

Les récentes manœuvres militaires Obangame express qui ont eu lieu à Pointe Noire et la visite en septembre dernier du navire militaire américain Herschel « Woody » Williams ont mis en évidence le solide partenariat personnel et professionnel entre nos armées. En collaboration avec les forces armées congolaises et leurs dirigeants, nous recherchons de nouvelles possibilités de formation et d’exercice en Afrique et un engagement accru au plus haut niveau entre nos hauts responsables militaires.

LDB : Quels sont les principaux axes de coopération dans lesquels votre pays souhaite dynamiser et développer davantage son partenariat avec le Congo ?

E.S.Y : Nous sommes des partenaires solides en matière de sécurité régionale. J’ai déjà mentionné notre coopération en matière de sécurité, mais nos gouvernements s’engagent également sur des questions internationales. Nous considérons le Congo comme un partenaire précieux qui fait entendre sa voix sur les questions débattues aux Nations unies, des décisions qui jetteront les bases de notre avenir.

Le président Denis Sassou N’Guesso est une voix importante et digne de confiance sur les questions régionales et en Libye, et les efforts qu’il a déployés par l’intermédiaire de l’Union africaine pour contribuer aux efforts de réconciliation dans ce pays avec l’envoyé spécial des États-Unis pour la Libye, l’ambassadeur Norland, ont été cruciaux. Le secrétaire d’État Blinker, le secrétaire d’État adjoint Sherman, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies Thomas Greenfield, l’envoyé spécial pour le climat Kerry ont tous demandé conseil au président Sassou N’Guesso ainsi qu’au ministre des Affaires étrangères Gakosso sur des questions d’intérêt commun pour les deux pays. Nous sommes également des partenaires solides dans le domaine de l’environnement.

Le président Sassou et le président Biden partagent une profonde préoccupation pour la crise climatique et se sont engagés à prendre des mesures décisives pour limiter le réchauffement de la planète et la déforestation. La sauvegarde de la forêt tropicale congolaise, l’une des plus importantes sources d’oxygène au monde, est de la plus haute importance pour l’avenir de notre planète. Je me réjouis de la participation des États-Unis au Sommet de Trois Bassins qui se tiendra ici dans le courant de l’année. L’histoire de nos deux pays est profondément liée à l’horreur de l’esclavage et aux liens modernes entre les États-Unis et l’Afrique.

Il y a probablement des millions d’Américains aujourd’hui qui sont les descendants de ceux qui ont été forcés de quitter la baie de Loango pour les États-Unis. En raison de cette tragédie et de l’énorme contribution des Afro-Américains aux États-Unis, tous les Américains sont aujourd’hui encore liés à la culture africaine et congolaise. Je continue à chercher des moyens d’amplifier et de partager notre histoire commune aux États-Unis et au Congo, afin de ne jamais oublier ce que les victimes de l’esclavage ont enduré et de ne jamais oublier les contributions qu’elles et leurs ancêtres ont apportées.